Le Hagueneck

 

Le Hagueneck, petit château d’un petit seigneur

Journal l'Alsace le 13/08/2013 à 05:00Textes : Hervé de Chalendar
 



Encaissé, presque caché, ce château fort situé derrière Wettolsheim n’a pas la morgue de beaucoup de ses voisins. Bâti par le seigneur qui porte son nom, le Hagueneck n’en a pas moins, comme ces illustres autres, vécu une histoire mouvementée.

 

Le Hagueneck (ou Hageneck) est un château fort petit format, presque discret, coincé au fond d’un vallon vert sombre. Dans ce cas-ci comme dans les autres, les apparences sont trompeuses : au Moyen-Âge, ces forteresses n’étaient pas comme aujourd’hui emmitouflées dans la forêt ; les pentes étaient déboisées pour servir de pâturage et, évidemment, repérer le moindre mouvement ennemi. Il n’empêche : ce château-ci n’occupe pas une position très stratégique, et ne se relie donc pas à une lignée très puissante. Encaissé, dominé au nord et à l’ouest par les montagnes, on peut même estimer que ce site n’était pas le mieux choisi pour se défendre…

« C’est une forteresse typique d’une famille seigneuriale de moyenne envergure , commente l’historien Guy Trendel. On n’est pas ici dans une des propriétés de ceux qui pouvaient dominer une région, voire le Saint-Empire, comme à Eguisheim, au Bernstein ou à l’Ortenbourg… C’était d’abord un bâtiment de résidence. »

Ce château avait tout de même quelques atouts, et des charmes certains. Il faut monter en haut du donjon pour les imaginer au mieux. Car le Hagueneck a au moins cet avantage : grâce à l’action de l’Association de restauration des châteaux du canton de Wintzenheim, il est l’un des rares châteaux (avec le Bernstein notamment), dont la plate-forme au sommet du donjon est encore accessible. Un premier escalier métallique mène à la porte, qui se gagnait autrefois par un pont volant depuis les combles du logis ; celle-ci ouvre sur un colimaçon d’origine, bas et étroit.

« Toujours allié avec les puissants… »

Une fois en haut de la tour, on découvre que la construction possède en réalité de l’ampleur. Particulièrement quand on se penche côté montagne : les fossés creusés pour la protéger, et qui ont servi de carrière, forcent le respect…

Le nom du château se confond avec celui de son seigneur. Un relativement petit seigneur donc, qui, vers 1230, a obtenu d’un plus puissant que lui le droit de s’offrir sa forteresse. Il s’appelait Bourcard de Hagueneck et son suzerain était l’évêque de Strasbourg, qui venait de devenir maître des secteurs d’Eguisheim et de Wettolsheim.

« Ce Hagueneck était un homme intelligent , juge Guy Trendel. Il était toujours allié avec les puissants. Il attendait de voir comment les choses tournaient avant de se décider… » Dans un premier temps, il est si bien engagé pour la cause de l’évêque qu’il accepte de devenir otage de la Ville de Strasbourg afin d’obtenir la libération d’un seigneur du camp du prélat. Mais après la mort de Rodolphe de Habsbourg (1291), il change de bord : Bourcard décide de soutenir Adolphe de Nassau tandis que l’évêque a opté pour Albert, fils de Rodolphe…

Les textes mentionnent ensuite que le château du Hagueneck, après le seigneur du même nom, a été possédé par les Laubgassen, les Zorn, les Rust, les Ribeaupierre (en fief des Habsbourg) ou encore l’Ordre de Malte. Qu’il a été incendié en 1304, puis aussitôt reconstruit… Ainsi s’écrivait, au Moyen-Âge, la chronique des seigneurs et de leurs châteaux : une hésitation perpétuelle d’un camp à l’autre, un constant travail d’équilibriste entre le sommet et l’abîme.